La formation du Pas de Soucy
Nous savons que Le Drac prenait un malin plaisir à contrarier Sainte-Enimie dans son projet de bâtir une église. En effet, tout l'ouvrage qu'elle faisait en une semaine, était aussitôt démoli pierre à pierre par un mystérieux et maudit serpent dans l'obscurité de la nuit. Enimie s'en ouvrit à Saint Hilaire, alors évêque de Mende et qui décida de venir en aide à la Sainte en pourchassant lui-même cette abominable créature qu'il adjura de s'arrêter, de ne plus avancer, de ne fuir ni en arrière, ni en avant, de mettre fin à sa malfaisance et de se précipiter même du haut des rochers.
Quand le serpent entendit l'adjuration, contre lui trop amère, trop dure, il se précipita dans le Tarn avec un tel choc qu'il vola en morceaux.
Alors vous auriez vu le bouleversement que, par ordre de Saint Hilaire, firent les rochers, car jusqu'au Tarn, de chute en chute roulèrent blocs, pierres, rochers, pics sauvages et grandes roches pour ensevelir le Drac afin que plus jamais il ne puisse sortir.
Là, vous pouvez voir encore les pics et les rochers qui tiennent inclinés, vers le Tarn, leurs cimes en aiguille. Lorsqu'ils s'arrêtèrent dans leur chute quand le Drac fut tué et mis en pièces. Car ils s'apprêtaient à rouler sur lui pour l'occire et le broyer, au moment où il fut exterminé, et restèrent alors suspendus.
Aini en va-t-il de Roc Aiguille et de Roche Sourde... Et ce lieu encore, par tradition, tire son nom de cet évènement car on l'appelle Souci à cause du tourment de l'ennemi.
Et maintenant, barons, hommes sages, vous qui vivez dans cette vallée, hommes et femmes, laïques et clercs, voyez combien à cette vierge vous devez hommages dignes et reconnaissants, car elle ne voulut pas que son corps fut porté en autre lieu, afin que la vallée vaste et désolée, qui ne donnait alors aucun fruit... tant elle était stérile, pût à l'avenir, grâce à sa présence , porter vignes, blés et fruits et les porter certainement grâce à elle...
Extrait de La Vida de Santa Enimia écrite par Bertran de Marseille, présentée et traduite par Félix Buffière.
Le Pas de Soucy et le Drac